Il est juste que les forts soient frappés

« Voyez ça comme ce que c’est, une histoire. Ce n’est pas parce qu’elle est vraie et dure par moments, ni même parce qu’elle finirait mal, que ce n‘en est pas une ; toutes les vies sont des aventures extraordinaires, pour qui peut les voir dépliées devant soi. »

Une lueur passe devant mes yeux, je lève mes sourcils, je viens de terminer ce livre mais les sensations restent intactes, ça part des muscles et ça remonte, ça s’imprègne de partout, je me demande si ça se voit de l’extérieur, en moi, tout bouillonne, je ne sais pas comment en parler, je ne voudrais pas me tromper, je voudrais être à la hauteur. Des mots défilent dans ma tête, la voix off qui me les dicte, hésite à prendre un ton grave ou à s’autoriser un instant au romantisme et à la légèreté.

 

Cancer. C’est quoi ce mot qui casse les gueules et fait tomber les cheveux à lui tout seul ? Ça s’accroche, ça s’agrippe sans laisser de chance. Rien à faire. Rien à faire qu’à serrer des poings, grincer des dents, laisser pleurer les yeux. Hurler sa rage à la face du monde entier. Renvoyer le destin devant ses injustices. Et combattre. En voilà une, de guerre à gagner.

 

Oui ce livre parle de cette foutue maladie qui vient faucher Sarah, enceinte de son deuxième enfant et de la mort qui rôdera au-dessus de sa tête encore quelques années avant de gagner la partie, saloperie, je ne trahis rien, c’est écrit en première page et sur la quatrième de couverture et c’est elle qui le raconte en plus, du haut de ses limbes et ça donne un sacré pesant de sel à l’histoire.

Mais ce livre parle de la vie aussi. De la vie surtout. Du désir, des amis et des bouffées de printemps. A l’image de Théo, son jeune amoureux de 35 ans, qui ne peut s’empêcher de courir partout, de l’hôpital, à la crèche, au bureau, à la maison, refusant d’une main de fer de sombrer dans le désespoir.

Ce livre va dans le fond du fond des choses, dans l’expression des sentiments, des émotions, du rire aux larmes, des gazouillis des enfants aux tuyaux de perfusion, de l’amour indéboulonnable aux corps dévastés. Aucune étape n’est épargnée. Ça fait beaucoup de chahut dans les cœurs, vraiment.

C’est tragique et c’est sublime.

La vie est belle.

 

“Il est juste que les forts soient frappés” Thibault Berard. Editions de l’observatoire.