Love me tender

« …à part mon fils que je ne vois plus tout va bien, il a huit ans mon fils, puis neuf, puis dix, puis onze, il s’appelle Paul, il est super. »

Constance Debré a perdu la garde de son fils, elle a un droit de visite sous surveillance, une heure tous les quinze jours, quand son ex-mari veut bien lui accorder, depuis qu’elle lui a annoncé son homosexualité, depuis qu’elle a quitté son rôle d’avocate pour écrire, ça s’est compliqué.

Avec un style cru. Sans détour. Une littérature à la première personne. Sans pathos. Sans complaisance. Elle raconte. Elle raconte comment de cette épreuve injuste et injustifiée, elle est parvenue à rester debout, tantôt impuissante tantôt indestructible, en lutte et en colère contre toute forme d’institution, la paternité, la maternité, la sexualité, la justice, la société, avec ses normes, ses jugements, la morale, le genre de piège où tu tombes, tombes, tombes…et après ? Après personne ne sait. On ne peut pas revenir en arrière comme un chien mendiant ses caresses, c’est trop tard, le mal est fait. Alors on avance, on nage, on fume des clopes, on rencontre d’autres filles aux terrasses des cafés, on se sépare de tout. C’est vrai il ne se passe rien avec les choses, autant s’en débarrasser. Sa vie d’avant, Constance, elle la flingue à la kalach. La liberté d’être soi a un prix : ça s’appelle le dépouillement. Elle dit, il faut savoir jouer pour de vrai. Le vrai il n’y a que ça qui compte, tant pis s’il y a des risques, ça ne serait pas pareil sinon. Reste l’amour. C’est un livre sur l’amour. L’amour maternel, mais pas que. L’amour tout court. Celui qui ne demande rien en retour. Celui qui se cherche. C’est crevant l’amour. C’est violent aussi. Dur comme la pierre. Avec des torrents de larmes retenues juste derrière.

J’ai toujours eu une tendresse pour ceux qui plaquent tout de manière radicale. J’ai parfois l’impression que je ne m’entends bien qu’avec les gens qui ont ce tempérament.

Et puis ce livre m’a fait penser, j’ai eu des sœurs aussi à un moment. Trois moitiés de bout de bonnes femmes qui doivent être confinées quelque part. Je ne sais pas où elles sont. Elles ont rompu tout contact, influencées par je ne sais qui, je ne sais quoi, des mois, des années d’aliénation mais le résultat est là. Disparues. Ni vues ni connues je t’embrouille.

Ils font comment les autres avec ça ? Ceux qui appartiennent à la grande famille des familles éclatées ? On ne peut pas faire le deuil, puisque ceux qui sont partis sont encore quelque part. Les fantômes sont à la mode. Il faut s’habituer, il paraît. Et peut-être qu’un jour on se réveillera comme guéris d’une grippe.

Je ne leur en veux pas. Je ne comprends pas, c’est différent. Je ne comprendrai jamais. J’ai décidé de ne plus trop y penser. Elle l’a bien écrit ça Constance Debré. Je vais suivre ses conseils. Pour être libre, accueillir tout ce qui nous arrive. « Il n’y a pas trente-six solutions ».

A lire donc. Love me Tender. Constance Debré. Flammarion. Janvier 2020. 188 pages.