Par les routes

Je passe du temps à mon bureau, songeuse. Je contemple les photos accrochées sur mon mur blanc, les traits de crayons résistants à la peinture, les articles de journaux découpés et épinglés sur le tableau de liège au-dessus de mon ordinateur, le radiateur électrique dans un coin, la bibliothèque en bois croulant sous des amas de papiers. J’entends le bruit des voisins, le nouveau-né du quatrième, l’aspirateur et les sirènes dans la rue. Je regarde par la fenêtre et mon regard se perd sous le soleil, la lumière, très forte, pénètre dans l’appartement, mais, saisie par le froid, je m’accroche à des détails de ma vie d’avant et de notre vie d’après, quand on pourra sortir de nouveau, voyager pour de vrai, comme on dit, quand on sera libres. « Parole de voyageur. Parole d’habitué des routes, des carrefours, des rencontres. Parole de vrais amoureux de la vie, reconnaissant aux surprises qu’elle réserve. » Cette phrase est un extrait de « Par les routes », le lumineux roman de Sylvain Prudhomme dans lequel il raconte la force de l’amitié et du désir, explore notre rapport à l’autre et notre vertige face à la multitude des existences possibles. Quel écho magnifique…quel roman subtil. Et si beau. Je ne trouverai pas d’autres mots pour le dire.

Dès la première page, j’ai été et vous serez, on parie, embarqués dans notre France des autoroutes. Le départ donc, avec le tiraillement qui en résulte toujours (ça ne serait pas pareil sinon) est le fil conducteur du récit. Il y a celui qui part et celui qui reste. Celui qui part, est celui qui se connecte au monde. Celui qui reste, se connectera à la terre, à la famille. Vraiment ? A vous de voir… Elle est vieille comme le monde cette histoire, pourtant Sylvain Prudhomme déroute, pour composer un roman rare qui en dit beaucoup, beaucoup sur nous.

« Vivre c’est maintenir entier le petit nuage que nous formons, malgré le temps qui passe, malgré les bonnes et les mauvaises rencontres », dit-il.

Ça ira ?

Franchement je ne sais pas, ici j’apprends, je compose. Il y a cette petite voix dans ma tête qui certaines nuits m’empêche de dormir tant j’ai hâte à demain, au mois prochain, car rien ne vaudra jamais tout ce qu’il me reste à explorer et à écrire.

Et vous ?

Face à ces « journées désœuvrées, vacantes, ouvertes comme de grandes plages à marée basse » apprécions ces écrivains de talent et remercions nos soignants œuvrant avec foi pour ensemble, demeurer angoissés sûrement mais heureux peut-être.