Yoga

Je ne vais pas chroniquer “Yoga”, je ne suis personne pour ça et puis on ne chronique pas la souffrance mise à nu, la quête de sérénité, de repos et de silence intérieur qui se donnent à lire, creusent dans notre vécu, nos paradoxes et nos pensées de la nuit, font écho et se réverbèrent des jours après.

 

“Sans me vanter, je suis exceptionnellement doué pour faire d’une vie qui aurait tout pour être heureuse, un véritable enfer. Et je ne laisserai personne parler de cet enfer à la légère : il est réel, terriblement réel.”

 

C’est bien de ça dont il s’agit. De ça et rien d’autre. N’en déplaise à ceux qui voudraient ternir le texte et son auteur. Si la vérité de l’un n’est jamais celle de l’autre, le contrat passé avec le lecteur est clair: “En écrivant, je dois dénaturer un peu, transposer un peu, gommer un peu, surtout gommer, parce que je peux dire sur moi tout ce que je veux, y compris les vérités les moins flatteuses, mais sur autrui, non.”

Point. Chapitre suivant.

 

“C’est un livre sur le yoga et la dépression, sur la méditation et le terrorisme, sur l’aspiration à l’unité et le trouble bipolaire, des choses qui n’ont pas l’air d’aller ensemble. En réalité, si: elles vont ensemble.”

 

Peut-être parce que j’ai eu l’impression que chaque page me concernait, des salles de yoga, aux essais de méditations, des questions existentialistes, à la fascination pour la joie, les jours pleins et puis le vide, des nuits hachées par un cerveau turbine, peut-être parce qu’écrire vrai sans que cela devienne un champ de mines pour les proches est une question qui me taraude, peut-être parce que concilier les passionnants métiers de vivre, d’écrire et d’aimer me captive pour toujours, je peux juste vous dire qu’Emmanuel Carrère est un grand écrivain et que Yoga est un grand livre.

 

Ça me plairait de le rencontrer un jour, de le lui dire en face, avec ma voix trop petite et mes mots qui auront la trouille d’exprimer toute leur fascination. Mais de cette peur se dégagerait au moins une certitude, la matière humaine est certainement la plus belle source d’inspiration pour la littérature.

Ce qui nous touche, ce qui nous bouleverse, on ne cherche que ça, on n’a besoin que de ça.

Et j’ai aimé ce texte justement pour ça : pour ses fulgurances et son introspection folle.

 

“Car le véritable, le seul enjeu de ce combat, le seul enjeu de la vie, c’est bien-sûr l’amour”.

 

Ce serait dommage de passer à côté.